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Matisiwin — Marie-Christine Bernard

MATISIWIN signifie VIVRE en langue atikamekw et VIVRE a longtemps représenté un défi pour la jeune Sarah Mikonic, cette jeune amérindienne un peu perdue que vous apprendrez à connaître au fil des pages.

Pour retrouver la paix, se guérir et donner un sens à sa vie, Sarah décide d’entreprendre la marche des ancêtres (moteskano). Son pèlerinage nous est raconté par sa grand-mère décédée qui s’adresse à elle comme un guide. Pendant de longs jours, elle marchera dans les pas de ses ancêtres à la rencontre de sa propre identité, de sa raison d’être. Elle le fera pour elle, pour sa fille et pour les enfants qui suivront. Pour ceux qui restent et en mémoire de ceux qui ont tracé la route pour elle.

Et puis, ma belle nosim, ma petite-fille, ma Sarah, ma Mikonic, ma Petite-Plume, je te regarde avancer dans ce monde et le prendre à bras-le-corps, et je comprends que tu marches vers ce que nous serons.

Passé et présent se croisent à travers la voix de la grand-mère et c’est à travers cette voix, singulière et sage, que l’auteure a choisi de raconter la vie de toute une communauté, celle des Atikamekw.  Elle nous raconte leur histoire, leurs traditions, leur mythologie, mais aussi leurs deuils, leurs pertes, leur déracinement. Bref, la douleur, mais aussi le pardon.

Regarde-la, maintenant, Nosim.  Regarde ta douleur.  Elle a plusieurs visages, mais ces visages sont ceux d’une seule douleur.  Elle est toi. Elle te fait ce que tu es maintenant.  Nomme-la.  En la nommant, déjà tu vas lui faire peur, la rendre moins grosse, peut-être lui donner envie de partir.  Nomme-la.  Akosiwin.  Douleur.

Rien n’est épargné dans ce récit. On y raconte les réserves, les pensionnats, les problèmes de toxicomanie… mais tout ça sans jugement et toujours en parallèle avec leur histoire et la sagesse des anciens.

Ouvrir ce livre c’est accepter de prendre la route avec Sarah, de marcher à ses côtés, de la laisser nous raconter le passé de toute une lignée de femmes qui ont contribué à façonner sa propre histoire. Vous verrez, c’est une femme forte. Elle trébuchera peut-être, mais se relèvera et choisira de VIVRE (matisiwin).

C’est là une histoire bouleversante que nous offre Marie-Christine Bernard, un ouvrage puissant et nécessaire pour mieux comprendre et juger moins. Et ce, dans un style sensible et poétique qui rend justice à la sagesse de ce peuple.

Mélanie

zviane

PING PONG — Zviane

couverture_ping-pongZviane, Sylvie-Anne Ménard de son vrai nom, est maintenant une incontournable de la BD éditée au Québec. Que ce soit par ses blogues, ses livres (L’ostie de chat, Apnée, Les deuxièmes et ses recueils) ou par sa présence dans le milieu, la jeune auteure prend bien sa place.

Graphiquement, Ping Pong n’offre pas l’élégance graphique de son érotico-musical livre Les deuxième, mais ça s’explique puisqu’il s’agit ici d’un dessin tiré d’un blogue axé sur le message, sur une réflexion. On pourrait même parler d’un essai version dessinée. Parce que Ping Pong se veut une réflexion sur la création, sur l’art en général, sur ces répercutions et surtout sur le travail de l’artiste. Zviane y parle beaucoup de musique classique puisque c’est son domaine de formation. Fait intéressant : cette musicalité vient appuyer la lisibilité de l’ouvrage, car question rythme, elle s’y connaît!

fin du mondeLa première version, auto-éditée dans un format libre de droit d’auteur à 500 exemplaires, est partie très rapidement. Cette nouvelle version est truffée de commentaires. Afin de s’y retrouver simplement, tout ce qui date de l’ancienne version est en noir et les commentaires dans les marges, ainsi que les nouveaux dessins, apparaissent en vert. L’exercice a d’ailleurs été lancé à plus grande échelle et près de 20 auteurs jouent à ce drôle de ping-pong réflexif, en ajoutant des pages imprimées en vert dans la deuxième partie de leur ouvrage. Jimmy Beaulieu, Lewis Trondheim, Julie Delporte et Francis Desharnais sont du nombre.

Ce genre de recueil a été conçu en format web, donc publié avec des décalages temporels. Lorsqu’on tient le livre entre les mains, il est agréable aussi de créer ce décalage, de laisser traîner l’objet et d’y revenir à travers d’autres lectures. D’ailleurs, cette lecture intercalée jette un éclairage différents sur les lectures en cours!

Dany Arsenault

agent jean

L’agent Jean t.8: Le castor à jamais

Vignette du livre Agent Jean!(L') T.8: Le Castor à jamaisAprès 200 000 albums vendus au Québec et une série en huit tomes, l’Agent Jean a t-il besoin de présentation? On peut y aller quand même! L’Agent Jean est un orignal agent secret d’une agence qui se nomme l’Agence… Aussi maladroit qu’attachant, il est entouré d’une panoplie de personnages animaliers loufoques. Alex A, son jeune créateur est celui que vous avez peut-être déjà vu dans les salons du livre avec sa longue tuque, sa robe de chambre et ses pantoufles en forme de gros chiens, accompagné d’une longue file de jeunes fans.

Le tome 8 clôt un cycle dont plusieurs intrigues datent des albums précédents. L’Agent Jean règle ses comptes avec le Castor. Selon l’auteur, les 8 premiers opus forment la saison 1. J’avoue avoir été surpris par l’audace des dénouements. L’Agent et ses acolytes avaient bien des tours dans leurs sacs.

Entièrement dessinée à l’ordinateur, cette bande dessinée est tout en mouvement et haute en couleur. Le mauve de la page couverture est une couleur prédominante dans l’album. Le découpage est assez dynamique et sert bien le récit, mais l’auteur sait doser et la lisibilité est intacte. Souvent, il utilise l’expression des personnages pour ponctuer ou accentuer ses blagues. Son humour est d’ailleurs très efficace. Il mélange habilement les jeux de mots, l’humour absurde et les références culturelles de son public.

Bref, il est toujours agréable de constater les beaux succès québécois en bande dessinée, surtout lorsque c’est mérité! Certaines écoles montréalaises ont même ajouté la série à leur cursus scolaire, ce qui donne un argument intéressant aux jeunes garçons qui veulent convaincre leurs parents de leur incessant besoin de lecture… Alex A. a annoncé en entrevue que les prochains Agent Jean ne sortiraient qu’une fois par année au lieu de deux et qu’une série de ninja verrait le jour! Avez-vous aussi hâte que moi?

Dany Arsenault

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PLANCHES: la revue de bande dessinée d’auteurs québécois

Planche est une revue de bande dessinée construite à bout de bras par deux jeunes femmes amoureuses de la bande dessinée et de la culture québécoise. Émilie Dagenais et Sandra Vilder se sont lancées dans ce projet l’an passé. Après une campagne de socio-financement franchement encourageante, ils lancent leur premier numéro à l’automne 2014. Nous en sommes maintenant au troisième. La revue est disponible dans les bonnes librairies, comme la nôtre, et par abonnement. Elle est publiée quatre fois par année et se vend autour de 20$.

template_abonnement_num03-500x641Le concept même de la revue est très intéressant. Contrairement aux revues plus traditionnelles dans lesquelles les auteurs pré-publient des planches d’une BD à venir et où nous pouvons lire des chroniques sur les nouveautés en bandes dessinées, Planche est se veut davantage une revue d’éditorial comme l’Actualité par exemple, mais dans laquelle les textes traditionnels sont remplacés par des bandes dessinées. On y propose des rubriques Sexologie, Politique, Histoire de l’Art, Histoire du Québec et Science. On peut aussi y lire une rubrique sur les dessous de la création où nous apprenons les détails de la création d’une BD québécoise à venir. Il y a bien évidemment quelques blagues à travers tout ça. Il s’agit d’un bel ouvrage à consulter, car comme c’est souvent le cas avec le magazine, nous ne lisons pas nécessairement tous les articles d’un trait.

Extrait de la Chronique Histoire de l’art

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Évidemment, la revue comble un vide puisque ce créneau était encore inexistant. Je trouve intéressant que Planche offre à des auteurs la chance d’être publiés pour la première fois. Certains de ces jeunes loups ont même une chronique qui revient à chaque publication. Évidemment, il y a certains auteurs mieux établis dans le petit monde de la BD québécoise qui y participent aussi. Zviane, Luc Bossé, Michel Hellman, Iris, Francis Desharnais et Cyril Doisneau pour ne nommer que les plus connus. Le style de dessin figuratif, un peu naïf est donc assez présent dans la revue. Les dessinateurs québécois réalistes publiés majoritairement en Europe ne s’y retrouvent pas. C’est dommage, il aurait été agréable de voir enfin se croiser les deux styles sous un même étendard.

Je vous invite à en feuilleter un exemplaire afin de mieux vous faire une idée. Que ce soit pour un cadeau, comme lecture de voyage ou pour laisser traîner à la maison, ça vaut la peine d’essayer. Le pari est gros pour ces deux femmes à peine sorties de l’université, mais le produit est bien fait et elles sont dynamiques. Longue vie à de telles initiatives !

Dany Arsenault

Autre article à consulter sur le site LES LIBRAIRES:

PLANCHES : une nouvelle revue sur la bande dessinée québécoise