Les nombrils 7

Les nombrils 7: un bonheur presque parfait

Nombrils7_2Marc Delafontaine et Maryse Dubuc, Delaf et Dubuc, sont une fierté nationale. Avec leur série Les nombrils, ils sont devenus de véritables vedettes en Europe et leur série remporte un grand succès dans le célèbre journal Spirou. Adorée des Québécois également, la sortie de chacun des numéros devient un véritable événement chez nous.  Et voilà qu’ils nous offrent un tome 7 tout à fait canon!

La série Les Nombrils est passée d’une simple BD humoristique à un thriller inquiétant dans le tome 6. La barre était donc haute pour le dernier opus. L’ingéniosité et surtout l’intelligence des auteurs peuvent nous rassurer. Le tome 7 passe le test! Vicky a trouvé la perle rare, un beau mec parfait pour ses parents… Mais Mégane, la nouvelle belle-sœur, ne laisse pas Vicky indifférente… Pour Jenny, le moche Hugo lui fait grand bien, mais il vaut mieux sortir avec Jean-Franky et ses 6 beaux abdos, il y va de sa réputation tout de même. Karine, elle, se lance à plein dans son groupe, mais Albin a le moral à plat. Bref, elles vivent toutes un Bonheur presque parfait!

La richesse et le succès de cette série sont grandement dûs au fait que les auteurs tiennent leurs lecteurs en grande estime. Les thématiques abordées sous le couvert de l’humour sont des sujets qui touchent le lectorat. Ici, dans le tome 7, il est question du regard des autres, de l’acceptation de soi, du respect de ses rêves et de ses convictions et même de l’homosexualité. Sans jouer le rôle de travailleur social, la BD amène une ouverture et une réflexion saine aux jeunes lecteurs sans pour autant nuire au récit, ni ennuyer les plus jeunes. Mais, il ne faut pas oublier l’essentiel: l’histoire est bonne, les blagues sont drôles et le livre nous offre un très agréable moment de lecture. Un divertissement de haut niveau!Nombrils7_3

Le dessin de Marc Delafontaine aussi évolue grandement. Mentionnons tout d’abord que les mimiques des personnages sont toujours justes, c’est un élément important. Mais ce qui me plait surtout, ce sont les décors et les accessoires. L’illustrateur joue avec des détails fins pour créer une ambiance crédible, que ce soit dans le taudis chez Jenny ou le palace chez Vicky. Cette qualité permet une relecture intéressante, surtout sachant qu’il aime cacher dans les foules des personnalités connues. Finalement, soulignons la qualité de la coloration. Les dégradés sont beaux, la balade sur le bord du lac est remarquable, le ton est parfait et la lisibilité en sort gagnante.

Malheureusement, cette BD de grande qualité souffre encore de quelques préjugés. (Lorsque j’étais jeune, j’étais amateur d’Astérix et pourtant, je n’ai jamais porté les braies ni les tresses. ) Pour tous les autres qui lisent « dangereusement », le plaisir est garanti, les Nombrils sont de retour!

Dany Arsenault

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RECONQUÊTES T.3: le sang des Scythes — François Miville-Deschênes et Sylvain Runberg 

 

reconquetes-tome-3-sang-scythesLe grand plaisir des lecteurs de BD c’est souvent de relire pour mieux profiter des illustrations, apprécier la finesse des détails, l’agencement des couleurs. Avec le Gaspésien François Miville-Deschênes aux crayons, on nage en pur bonheur graphique.

Reconquêtes est une série en 4 tomes, nous en sommes ici au troisième. Bien que fortement ancrée dans les repères historiques, il s’agit d’une série fantastique.  Sylvain Runberg, accompagné de son illustrateur, écrivent un scénario complexe qui nécessite une relecture des tomes précédents pour mieux suivre l’intrigue, l’onomastique oblige. Trois peuples se sont unis pour faire la guerre, mais dans ce troisième opus, l’ennemi est interne et la victoire sera davantage de demeurer ensembles que de vaincre l’adversaire. Tous les coups sont permis et les certitudes tombent. Encore une fois, on referme le livre avec une grande hâte de lire la suite, titillé par un dénouement final surprenant.

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Nul n’est prophète en son pays, François Miville-Deschênes est un dessinateur reconnu en Europe (coup de cœur à la FNAC, chaîne de librairie en France), traduit en plusieurs langues et qui gagne bien sa vie en tant qu’artiste en région. Au Québec, la bande dessinée ayant peine à gagner sa place, on connait moins François.  En Europe, on fait la file devant sa table de dédicace! Son talent mérite cette reconnaissance.

Il est assez rare en BD réaliste de pouvoir atteindre un tel niveau d’excellence. Aucune case ne comporte d’erreur. Il s’agit là d’un travail de perfection. Bon metteur en scène, la mise en page est d’ailleurs originale et dynamique. Les cases obliques ajoutent un effet de mouvement intéressant et les grandes cases ponctuent bien le rythme et mettent l’emphase sur les bons éléments. Le Gaspésien est aussi responsable de la couleur. Les effets de lumières sont sensationnels et vous trouverez au centre quelques pages sous la pluie qui coupent le souffle par leur beauté et leur exécution. Finalement, dans un tome où la suspicion est reine, les expressions faciales sont justes et renseignent bien le lecteur sur les enjeux présents. Les amateurs du genre seront ravis de constater que l’auteur prend toujours autant plaisir à dessiner la gente féminine peu vêtue, mais là aussi, il excelle…reconquêtes33

Le fait de recommander cette BD à un public adulte ne tient pas seulement à la nudité, mais aussi à la violence de l’époque. Ajoutons que le scénario demande des lecteurs de hauts niveaux afin de bien en apprécier les subtilités. Évidemment, il faut être amateur du genre.  Encore un bel exemple qui démontre que les ambassadeurs gaspésiens sont forts et que leur talent peut nous rendre fiers.

Dany Arsenault

 

 

 

 

zviane

PING PONG — Zviane

couverture_ping-pongZviane, Sylvie-Anne Ménard de son vrai nom, est maintenant une incontournable de la BD éditée au Québec. Que ce soit par ses blogues, ses livres (L’ostie de chat, Apnée, Les deuxièmes et ses recueils) ou par sa présence dans le milieu, la jeune auteure prend bien sa place.

Graphiquement, Ping Pong n’offre pas l’élégance graphique de son érotico-musical livre Les deuxième, mais ça s’explique puisqu’il s’agit ici d’un dessin tiré d’un blogue axé sur le message, sur une réflexion. On pourrait même parler d’un essai version dessinée. Parce que Ping Pong se veut une réflexion sur la création, sur l’art en général, sur ces répercutions et surtout sur le travail de l’artiste. Zviane y parle beaucoup de musique classique puisque c’est son domaine de formation. Fait intéressant : cette musicalité vient appuyer la lisibilité de l’ouvrage, car question rythme, elle s’y connaît!

fin du mondeLa première version, auto-éditée dans un format libre de droit d’auteur à 500 exemplaires, est partie très rapidement. Cette nouvelle version est truffée de commentaires. Afin de s’y retrouver simplement, tout ce qui date de l’ancienne version est en noir et les commentaires dans les marges, ainsi que les nouveaux dessins, apparaissent en vert. L’exercice a d’ailleurs été lancé à plus grande échelle et près de 20 auteurs jouent à ce drôle de ping-pong réflexif, en ajoutant des pages imprimées en vert dans la deuxième partie de leur ouvrage. Jimmy Beaulieu, Lewis Trondheim, Julie Delporte et Francis Desharnais sont du nombre.

Ce genre de recueil a été conçu en format web, donc publié avec des décalages temporels. Lorsqu’on tient le livre entre les mains, il est agréable aussi de créer ce décalage, de laisser traîner l’objet et d’y revenir à travers d’autres lectures. D’ailleurs, cette lecture intercalée jette un éclairage différents sur les lectures en cours!

Dany Arsenault

agent jean

L’agent Jean t.8: Le castor à jamais

Vignette du livre Agent Jean!(L') T.8: Le Castor à jamaisAprès 200 000 albums vendus au Québec et une série en huit tomes, l’Agent Jean a t-il besoin de présentation? On peut y aller quand même! L’Agent Jean est un orignal agent secret d’une agence qui se nomme l’Agence… Aussi maladroit qu’attachant, il est entouré d’une panoplie de personnages animaliers loufoques. Alex A, son jeune créateur est celui que vous avez peut-être déjà vu dans les salons du livre avec sa longue tuque, sa robe de chambre et ses pantoufles en forme de gros chiens, accompagné d’une longue file de jeunes fans.

Le tome 8 clôt un cycle dont plusieurs intrigues datent des albums précédents. L’Agent Jean règle ses comptes avec le Castor. Selon l’auteur, les 8 premiers opus forment la saison 1. J’avoue avoir été surpris par l’audace des dénouements. L’Agent et ses acolytes avaient bien des tours dans leurs sacs.

Entièrement dessinée à l’ordinateur, cette bande dessinée est tout en mouvement et haute en couleur. Le mauve de la page couverture est une couleur prédominante dans l’album. Le découpage est assez dynamique et sert bien le récit, mais l’auteur sait doser et la lisibilité est intacte. Souvent, il utilise l’expression des personnages pour ponctuer ou accentuer ses blagues. Son humour est d’ailleurs très efficace. Il mélange habilement les jeux de mots, l’humour absurde et les références culturelles de son public.

Bref, il est toujours agréable de constater les beaux succès québécois en bande dessinée, surtout lorsque c’est mérité! Certaines écoles montréalaises ont même ajouté la série à leur cursus scolaire, ce qui donne un argument intéressant aux jeunes garçons qui veulent convaincre leurs parents de leur incessant besoin de lecture… Alex A. a annoncé en entrevue que les prochains Agent Jean ne sortiraient qu’une fois par année au lieu de deux et qu’une série de ninja verrait le jour! Avez-vous aussi hâte que moi?

Dany Arsenault