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Les murailles — Erika Soucy [VLB éditeur]

J’ai découvert la plume d’Erika Soucy à travers son poème SURSIS paru dans le collectif FEMMES RAPAILLÉES, publié chez Mémoire d’encrier tout récemment. Elle m’a littéralement jetée par terre avec son écriture fracassante de vérité.

Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre de me plonger tête première dans son roman LES MURAILLES qui vient tout juste de paraître chez VLB éditeur. Un roman fait de tendresse et de questionnements, d’absence, de vide à combler, de poésie aussi… Le tout livré dans un style brute, sauvage et authentique.

C’est à bord d’un dash 8 que la jeune poète s’envole vers La Romaine en quête de réponses. Se demandant depuis toujours ce qui pouvait bien y avoir là-bas dans le Nord de si spécial, de tellement grand que son père et tous les hommes de sa famille s’y sont réfugiés, oubliant tout le reste. Elle se rend donc là-bas, pour une semaine, avec son carnet de notes pis ses bottes à cap, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur cet homme, plus grand que nature  qu’elle n’a pas connu suffisamment pour pouvoir dire si elle l’aime vraiment. Ou plutôt si, elle l’aime, malgré tout, on le devine, mais lui… pourquoi a-t-il choisi cette vie-là, sans elle, sans eux…

Je suis en route pour les chantiers mythiques où c’est qu’y’a l’air de faire toujours frette: Mont-Wright, Eastmain, La Romaine… Du pareil au même quand j’étais ti-cul. Pis encore aujourd’hui… Des pays lointains qui nous transforment tranquillement de l’intérieur. Je suis en route vers le mur qu’il a construit et qui nous sépare encore, vers là où il a sauvé notre peau. Parce que l’absence c’était notre méthadone pour passer au travers. [..]

T’aurais pas tord de m’accuser de courir après le trouble, mais j’ai trop de questions encore pour l’adulte que je deviens. Faut que j’aille comprendre qui il est. Faut que j’aille voir si c’est de sa faute. Si je peux encore croire qu’on était dans le même bateau, moi pis les amis d’école, orphelins toute la gang des chantiers de l’Hydro. Conçus fly in, élevés fly out. Je me suis promis de faire mieux que lui, de commencer par la base.

Les réponses, elle les trouvera… entre deux bouchées de pizza, un six pack de Bud, des déjeuners trop gras, trop tôt, partagés à la cantine, des tours de char et une soirée de boxe dans un bar du chantier. Elle apprendra à mieux connaître cet homme, son père indépendant et solitaire, au fil des moments partagés dans le décor rude et froid de La Romaine. Sous forme de règlement de compte avec le passé, l’auteure nous partage ses réflexions et sa démarche dans son carnet, à mi-chemin entre le journal de bord et le journal intime, dans lequel elle s’adresse à son homme resté à Québec avec le p’tit. Elle parviendra au cours de sa semaine passée sur les chantiers, au « gros frette », à mieux comprendre son père, à mieux comprendre pourquoi il y retournait chaque fois. Mais surtout, elle apprendra à se connaître elle-même à travers tout ça.

Et au final, l’absence du père, le vide qu’il a laissé dans le cœur de l’enfant devenue femme aura été pour elle le moteur même de son écriture, ce qui l’aura conduit à la poésie.

Je fais de la poésie qui chauffe le cœur un peu parce que ça fait vingt-ans au-dessus que chaque fois que mon père revient du Nord, il traîne un grand vent avec lui, un grand vent frette de février qui t’engourdit la gueule pis t’empêche d’ouvrir les yeux.

L’écriture d’Erika Soucy se distingue par sa franchise, sa nature sauvage, qui fracasse et qui remue tout sur son passage. Elle se démarque aussi par son langage très près de l’oralité, par sa langue colorée qui sonne vraie et qui parle fort. Une jeune auteure qui défriche son chemin dans le paysage littéraire et qui y laissera à coup sûr sa marque.

Une bien belle découverte!

Mélanie

∴Erika Soucy a déjà publié deux recueils de poésie aux éditions Trois Pistoles: L’épiphanie dans le front et Cochonner le plancher quand la terre est rouge.

Les murailles est son premier roman.

2 réflexions sur “Les murailles — Erika Soucy [VLB éditeur]

  1. Marie-Claude dit :

    Très très belle chronique. J’ai adoré ce roman. Si je ne l’avais pas déjà lu, je courrais chez mon libraire mettre la main dessus! La voix d’Erika est unique. En passant, elle a gentiment répondu à quelques questions. Mon «entrevue» paraîtra demain!

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