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En attendant Bojangles — Olivier Bourdeaut [Finitude]

Sa jaquette flamboyante aux allures pop art m’a tout de suite tapé dans l’œil! Mais ce que j’ai découvert sous la couverture était plus flamboyant encore: un véritable tourbillon d’excentricité, d’amour fou et de vertige. Un formidable premier roman pour Olivier Bourdeaut: un nom à retenir.

Un amour fou donc. Voilà la prémisse. Et trois personnages épiques qui valsent leur vie et vivent leur folie au rythme de leurs envies: une femme-enfant fantasque et extravagante, qui change de prénom tous les jours, un homme qui lui voue un amour infini, et qui fera pour elle les plus belles folies, et un fils en admiration devant ces deux êtres plus grands que nature. Avec, en fond sonore, la magnifique chanson de Nina Simone, Mr Bojangles, qui tourne en boucle tout au long du roman.

Si le ton nous semble, de prime abord, léger et pétillant comme le champagne, il se cache derrière le rideau de l’humour un profond désespoir. Celui d’un amour fou et vertigineux qui les  conduira tout droit dans le précipice.

L’histoire nous est racontée par le fils du couple, qui grandit au milieu d’une mascarade perpétuelle, entre les fêtes bien arrosées, les châteaux en Espagne, la musique incessante, les danses tourbillonnantes…  Mais il n’est pas dupe. Il réalise rapidement que la vie à la maison appartient à un autre monde et il se garde bien d’en parler à l’école. Il a vite compris qu’il devait mentir à l’envers à son professeur et mentir à l’endroit à la maison, question de ne froisser personne. Mais les exigences de son enseignante et la réalité scolaire trop rigide et trop stricte allaient à l’encontre du mode de vie des parents. Ces derniers vont donc retirer le garçon de l’école pour que la fête continue!

Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l’après-midi. Parfois je dansais avec eux. Ils dansaient avec des façons vraiment incroyables, ils bousculaient tout sur leur passage, mon père lâchait ma mère dans l’atmosphère, la rattrapait par les ongles après une pirouette, parfois deux, même trois. Il la balançait sous ses jambes, la faisait voler autour de lui comme une girouette, et quand il la lâchait complètement sans faire exprès Maman se retrouvait les fesses par terre et sa robe autour, comme une tasse sur une soucoupe.

Ils couleront ainsi des jours heureux dans leur monde à eux, dans leur vie en rose, à chanter, à danser, à boire des bulles et à tourbillonner…  jusqu’à ce que la dure réalité les rattrape. N’ayant jamais ouvert leur courrier, pas même une seule enveloppe, et n’ayant jamais payé leurs impôts, ils se verront dans l’obligation de vendre leur appartement pour éponger leur dette. Dans un accès de folie, ce voyant tout à coup déposséder de tout, la mère va rassembler toutes les enveloppes et tous leurs souvenirs dans le salon et y mettre le feu, afin que personne ne puisse rien leur prendre. Pour cette raison elle sera internée avec les « déménagés du ciboulot » et les « décapités mentaux ». Mais ne pouvant se résoudre à une vie sans elle, le père et le fils la kidnapperont et l’amèneront avec eux dans leur château en Espagne pour une dernière danse…

Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C’était une prière de mouvements, c’était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous.

Quelques chapitres intercalés, écrits en italiques, nous donnent accès aux réflexions du père, à travers ses carnets secrets que le fils découvrira bien plus tard et qui jettent un nouvel éclairage sur ce couple loufoque. et leur amour dément. Ce sera aussi une façon pour le gamin de passer à l’âge adulte et d’entrer dans la vraie vie.

Un premier roman brillant et rafraîchissant, par son style complètement déjanté, et absolument bouleversant dans ce qu’il nous révèle. Un concentré d’amour, de folie et de désespoir enrubanné d’humour.

Belle découverte!

2 réflexions sur “En attendant Bojangles — Olivier Bourdeaut [Finitude]

  1. Marie-Claude dit :

    Je vais finir par me laisser tenter!
    Je vois que tu lis « Serafim et Claire ». Bien hâte de savoir ce que tu en as pensé.

  2. Mélanie dit :

    Au départ, je n’y croyais pas trop… Avec sa jaquette pop-art-tape-à-l’œil (quoique fort jolie), je m’attendais à quelque chose de plutôt léger, mais force est d’admettre que c’est un formidable premier roman! Un roman intelligent dans lequel on passe du rire aux larmes. Un très beau moment de lecture!

    Je réserve mon dimanche à SERAFIM & CLAIRE et je t’en redonne des nouvelles! :-)

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