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En attendant Bojangles — Olivier Bourdeaut [Finitude]

Sa jaquette flamboyante aux allures pop art m’a tout de suite tapé dans l’œil! Mais ce que j’ai découvert sous la couverture était plus flamboyant encore: un véritable tourbillon d’excentricité, d’amour fou et de vertige. Un formidable premier roman pour Olivier Bourdeaut: un nom à retenir.

Un amour fou donc. Voilà la prémisse. Et trois personnages épiques qui valsent leur vie et vivent leur folie au rythme de leurs envies: une femme-enfant fantasque et extravagante, qui change de prénom tous les jours, un homme qui lui voue un amour infini, et qui fera pour elle les plus belles folies, et un fils en admiration devant ces deux êtres plus grands que nature. Avec, en fond sonore, la magnifique chanson de Nina Simone, Mr Bojangles, qui tourne en boucle tout au long du roman.

Si le ton nous semble, de prime abord, léger et pétillant comme le champagne, il se cache derrière le rideau de l’humour un profond désespoir. Celui d’un amour fou et vertigineux qui les  conduira tout droit dans le précipice.

L’histoire nous est racontée par le fils du couple, qui grandit au milieu d’une mascarade perpétuelle, entre les fêtes bien arrosées, les châteaux en Espagne, la musique incessante, les danses tourbillonnantes…  Mais il n’est pas dupe. Il réalise rapidement que la vie à la maison appartient à un autre monde et il se garde bien d’en parler à l’école. Il a vite compris qu’il devait mentir à l’envers à son professeur et mentir à l’endroit à la maison, question de ne froisser personne. Mais les exigences de son enseignante et la réalité scolaire trop rigide et trop stricte allaient à l’encontre du mode de vie des parents. Ces derniers vont donc retirer le garçon de l’école pour que la fête continue! Lire la suite

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J’ai toujours ton cœur avec moi – Soffia Bjarnadottir [Zulma]

J’ai toujours ton cœur avec moi est un roman poétique et insolite sur la maternité, la transmission, la mort et la folie, livré d’un seul souffle par la voix de Soffia Bjarnadottir, une jeune auteure islandaise à découvrir! Vous verrez, sa plume parfois fantasque, mais qui sonne toujours très juste, saura vous charmer, j’en suis certaine. Et vous retrouverez avec plaisir le souffle rafraîchissant de la littérature scandinave.

Après de nombreuses mises en scènes grotesques, Siggy, la mère d’Hildur, est morte (pour vrai cette fois) et lui a légué une petite maison jaune sur l’île de Flatey… ça, et son mal étrange.

Quand je suis revenu de l’école, elle était allongée tout habillée dans la baignoire, une Winston light aux lèvres. Johnny Cash hoquetait sur la platine. Ce genre de comédie ne me perturbait pas. Au fil du temps les mises en scène théâtrales de ma mère avait fini par m’ôter toute réaction. J’avais appris depuis l’enfance à ne plus trop ressentir.

Siggy l’excentrique « avait perdu le nord » depuis un bon moment déjà et n’avait jamais vraiment assuré son rôle de mère.

Dans ce récit à la construction chaotique, nous accompagnons Hildur dans un voyage étrange sur une petite île perdue, au cœur de ses souvenirs mélancoliques, tentant de faire le deuil d’une mère qui n’en a jamais été vraiment une. Lire la suite

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NAUFRAGE — Biz [Leméac]

NAUFRAGE est une toute petite plaquette d’à peine 130 pages, mais qui  vous fera l’effet d’une brique; tant par la puissance du drame auquel nous sommes confrontés que par la force de l’écriture. Je dis nous, mais je devrais dire lui, Frédérick, qui verra sa vie anéantie par un drame terrible. Seulement, avec la justesse du ton, la sensibilité de l’auteur et la précision quasi chirurgicale des descriptions, le lecteur a l’impression de  vivre le drame à sa place. Ce qui nous oblige indubitablement à nous poser LA fameuse question : est-ce que ça aurait pu m’arriver à moi? Si oui, aurais-je réussi à me sortir la tête de l’eau ou me serais-je noyer?

Impuissants, nous assistons au NAUFRAGE de Frédérick, un fonctionnaire à la dérive. Malgré les notes joyeuses et pétillantes de gewurztraminer bien frais partagé avec sa belle et d’un gamin qui babille en lui sautant au coup, Frédérick voit du jour au lendemain sa vie professionnelle se vider de tout son sens. Employé de la fonction publique, il est convoqué un matin par son directeur qui lui annonce sa mutation au Service des archives pour des raisons de restructuration. S’amorce dès lors, au littéral comme au figuré, la lente descente aux enfers de Frédérick, un étage à la fois, jusqu’aux Archives, situées au sous sol d’un imposant immeuble, là où il n’y a aucune fenêtre sur l’extérieur. Lire la suite

Corps conducteurs

CORPS CONDUCTEURS — Sean Michaels [Alto]

CORPS CONDUCTEURS est un roman musical envoûtant!  Avec un sens aiguisé du rythme et une plume de chef d’orchestre, l’auteur-virtuose, Sean Michaels, nous raconte le parcours pas banal du tout de l’inventeur russe Lev Sergueïvitch, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Léon Thérémine, créateur de l’instrument éponyme.

Le son du thérémine n’est rien d’autre qu’un pur courant électrique. C’est le chant de l’éclair tapi dans les nuages. Jamais sa mélodie ne vacille ni ne s’épuise; elle persiste, reste, tient, dure, s’attarde. Elle ne vous abandonne jamais. À cet égard, elle est meilleure que nous tous.

Si sa trajectoire comme savant, inventeur prolifique, espion et musicien nous fascine, c’est son amour pour Clara Rockmore qui nous fait vibrer à l’unisson. Et c’est à elle qu’il s’adresse tout au long de cette symphonie, nous offrant à lire un roman comme une longue lettre à la femme aimée, mais inaccessible, « la plus grande joueuse de thérémine que le monde connaîtra jamais ».

La nuit, lorsque tout le monde était parti, j’inventais avec un crayon court des objets qui n’existaient pas encore […]. Et puis, un jour, je t’ai rencontrée.

CORPS CONDUCTEURS est à la fois une histoire de science et d’espionnage, d’amour et de musique sur fond de guerre froide et d’une Amérique de tous les possibles. Une histoire plutôt fantaisiste, mais bien ancrée dans le réel afin d’ajouter une touche de magie et d’étincelles à la réalité. Parce que nous avons tous besoin de rêver un peu… et c’est là que nous transporte l’auteur avec sa plume enchanteresse : dans le rêve. J’ai eu le sentiment, après quelques pages seulement, d’être happée par l’histoire. J’avais l’impression joyeuse d’entrer dans un livre de contes avec aucune envie d’en ressortir avant d’avoir rencontré le point final. Lire la suite