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Vive la marée — David Prudhomme et Pascal Rabaté [futuropolis]

Je connaissais les dessins de David Prudhomme pour son adaptation de L’étrange roman perdu de maître Brassens et Pascal Rabaté dans son excellent Ibicus et dans Les petits ruisseaux, deux romans graphiques assez contemplatifs. Le mélange des deux auteurs ne pouvait qu’annoncer du bon.

Vive la marée n’est pas une histoire, mais plutôt un carnet d’observation. Il s’agit d’une bande dessinée où il ne se passe pas grand chose. Normal! Ce sont les vacances! Le décor ou le terrain « d’observation sociologique » de ce livre est une station balnéaire en France. Les dessins sont remplis de détails: un maillot trop grand, un tatou, des lunettes jaunes, des mauvaises cartes postales… l’ensemble gagne en crédibilité sans alourdir les pages. De plus, le trait non réaliste, sans être caricatural, accentue habilement les particularités de chacun, ce qui est bien agréable. Les gros, les maigres, les grands, les hommes, les femmes sont croqués sur le vif, pas de top modèles, que du vrai monde.

BD Vive la marée

Donc, le lecteur devient spectateur d’une faune humaine que l’on peut croiser autour d’une plage. Il n’y a pas de personnages principaux, pas d’intrigue, juste des portraits, juste des anecdotes, juste des situations de vie, juste de l’humain, bon ou mauvais, dans toute sa splendeur. Afin de mieux vous plonger dans ce monde, voici une liste de citations qui laissent notre esprit imaginer le reste: Lire la suite

Steve Jobs

Fantastique Jobs — Jessie Hartland [Fayard]

fantastique jobsPeu importe les controverses ou les opinions, Steve Jobs, l’inventeur du iphone, du ipad, de itunes, l’investigateur des films Histoire de jouet ou Némo, l’homme derrière Apple fascine. Son histoire, de sa naissance à sa mort nous est racontée dans ce livre.

D’office, je me dois d’aborder l’objet. Deux cent trente pages en noir blanc, beaucoup de textes manuscrit, beaucoup de dessins, plein de bulles, parfois des cases. Est-ce une biographie illustrée ou une BD? Les dessins plutôt naïfs ne charmeront pas les amateurs de virtuosité, un enfant de 12 ans qui dessine bien en ferait autant. Habituellement, Jessie Hartland joue bien avec les couleurs, mais en noir et blanc… j’ai une certaine réserve. Ceci dit, lorsqu’on passe par dessus ce détail, on entre dans une histoire fabuleuse, racontée d’une façon simple et charmante.

Justement, la vie de Steve Jobs est fabuleuse et son ascension : spectaculaire! Du premier ordinateur qu’il a fabriqué dans son garage jusqu’à la sortie du premier i pad qui lui a permis d’engranger 15 millions de dollars dans une demie année, les anecdotes se succèdent. Il a refusé les 611 premières version du ipod; il a été jeté à la porte de sa propre compagnie alors il en profite pour créer Pixar; jeune adulte, il part en Inde trouver sa voie… Le lecteur est ainsi bombardé de détails sur la vie de Jobs. De plus, le livre est séparé en chapitres qui regroupent des époques ou des étapes importantes de sa vie. À l’occasion, l’auteure fait même le point en double page sur la technologie du moment. Pour les jeunes lecteurs, ils apprennent qu’en 1970, la radio transistor et le tourne disque sont les moyens d’écouter de la musique. Pour les adultes, ces mises au point permettent de prendre un recul et de réaliser l’ampleur de l’avant-gardisme de l’homme d’affaire.5110255_fantastique-jobs

À travers cette biographie, l’illustratrice new-yorkaise de renom laisse transparaître son accord aux valeurs de l’homme : le goût du rêve, du dépassement, l’amitié, le désir et la volonté de vivre selon son intuition. Elle choisit donc de moins parler de ses sautes d’humeur et nous laisse une image zen de Steve Jobs, une image peaufinée, agréable et belle, comme le sont les produits qu’il a créés.

Dany Arsenault

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ASTÉRIX: Le papyrus de César

couvLe grand César veut passer à la postérité, il décide donc d’écrire ses mémoires : Commentaires sur la guerre de Gaule. Son agent Promoplus lui suggère d’omettre le passage sur les irréductibles Gaulois afin de garder son image intacte. Mais, il ne faudra pas que ça se sache! Devinez ce qui arrivera…

Le duo d’auteurs, Ferri et Conrad, s’est débarrassé de la pression du premier album et de ce lourd cahier de charges, dès lors, ils sont plus à l’aise, tant mieux pour nous.

Au dessin, Conrad, un ancien de chez Spirou, peut bénéficier des bons conseils du maître Uderzo du haut de ses 88 ans. La mise en page est classique, les décors, tout comme les personnages, changent de mains sans accros. On y gagne même du côté de la physionomie des Romains, qui s’en trouve plus diversifiée, mais la femme d’Agecanénonix, pour sa part, paraît moins bien dans certaines cases, sinon on ne pourrait pas différencier les styles. De plus, la colorisation de Thierry Mébarki est parfaite, les scènes de nuit à la chandelle sont un délice. La couverture, avec un avant plan en couleurs sur fond blanc et marron, donne un côté vintage et rappelle aux puristes les couvertures d’Astérix en Corse, du domaine des Dieux ou de la Zizanie.

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Jean-Yves Ferri au scénario choisit la simplicité et l’efficacité. Il place Internet en filigrane et utilise les références avec parcimonie, reprenant ainsi le flambeau des auteurs d’origine en utilisant nos héros d’autrefois dans des tendances actuelles. Les jeux de mots et les gags sont bien présents et toujours aussi efficaces. Et les nouveaux noms sont drôles et choisis avec soin selon le rôle ou la situation. Par exemple, Gasdechix, Kefelapolis ou Antivirus sont, avouons-le, plutôt rigolos. Pour ma part, la place de Bonemine autour d’Abraracourcix et la douce bêtise d’Obélix sont les points forts de ce 36e opus.

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L’éternel commentaire « Ce n’est pas comme avant » reviendra certainement. Rappelons que Goscinny est décédé en 1977, que 10 albums sont sortis sans lui, que nous sommes au deuxième sans Uderzo. Personnellement, je me suis bien diverti en lisant ce Astérix. La poursuite de cette série permettra aux plus jeunes de grandir avec de nouveaux albums tout comme nous l’avons fait. Le tirage à 4,2 millions d’exemplaires est un indice que les aventures des Gaulois amusent toujours!

Dany Arsenault

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Paul dans le Nord — Michel Rabagliati

paul3La bande dessinée européenne est cartonnée et en couleur. Au Québec, la bande dessinée d’auteur est en couverture souple et en noir et blanc.

Heureusement, une locomotive tire ce type de livre vers un plus grand lectorat. Ce chef de file, c’est Michel Rabagliati et sa série Paul. Surfant sur la vague du film, la Pastèque nous offre un autre, et peut-être dernier, Paul.

L’arme ultime de séduction de la série est sans aucun doute la nostalgie. En lisant un Paul, on se reconnait, on se retrouve, on se rappelle. Dans ce tome, Paul dans le Nord, l’auteur vise juste avec l’adolescence, période chérie de plusieurs…. l’effet est double. L’histoire traite donc des nombreuses premières expériences avant l’âge adulte, donc bien des déboires! Les adolescences se ressemblent, alors tous s’y retrouveront à différents degrés. Michel Rabagliati frappe fort en plaçant son personnage de 16 ans à Montréal pendant les Olympiques de 1976. Ce contexte historique rajoute une trame très intéressante puisqu’elle touche des souvenirs collectifs communs.

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L’illustrateur est graphiste de métier, ce penchant est donc très présent dans son dessin. Les objets et les décors dans un Paul, sont simplifiés, stylisés voire même  »iconisés ». De cette manière, peu importe les référents, le lecteur reconnait dans son passé les éléments de la BD. Pour une mobylette par exemple, il faut bien gérer l’équilibre entre un dessin trop détaillé, qui représente uniquement un seul modèle, et un dessin trop vague, qui pourrait ressembler à une moto ou même un vélo. C’est là tout le talent de Rabagliati, son dessin correspond exactement à ce que nous avons en tête. Peu importe le lecteur, la magie opère! Bien sur, il glisse encore des détails en arrière plan, une pochette de disque, une affiche de commerce ou autre qui situe l’époque qui concrétise la vue d’ensemble.  Fait marquant, les pleines pages sont très jolies et la scène de la tempête donne vraiment froid! paul4

Bref, une autre réussite pour les éditions la Pastèque, mon album préféré n’est pas délogé, mais celui-ci se situe dans les meilleurs quand même. Paul dans le Nord: un album que les amateurs dévoreront sur le champs et que les indécis espèreront recevoir à Noël!

Dany Arsenault