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L’homme qui tua Lucky Luke – Mathieu Bonhomme – Lucky Comics

Les derniers albums de Lucky Luke, ceux réalisés après la mort du grand Morris, étaient bons. On avait même pensé à Daniel Pennac, Laurent Gerrat ou Tonino Benacquista au scénario afin de réinventer la série. Mais à chaque fois, Achdé copiait parfaitement le style des années glorieuses de Lucky Luke. Au dessin, donc, rien n’y paraissait. Cette fois-ci, on prend un beau risque. Mathieu Bonhomme dessine et écrit Lucky à son gout, selon son style.

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Mathieu Bonhomme, mieux connu pour son excellent Marquis d’Anaon et sa belle série jeunesse Esteban, avait aussi fait ses armes sur une série appelée Texas Cowboy. Le western, il s’y connait donc! Son Lucky Luke est un peu plus réaliste, un peu plus élancé. À la coloration, on remarque rapidement les cases en deux couleurs comme le faisait souvent Morris. Les décors aussi sont campés avec plus de réalisme. On devine la vie rude de l’époque avec les rues vaseuses et les bâtiments rustiques.  Finalement, la mise en page demeure classique et fluide, mais on sent une légère innovation dans les moments dramatiques où les plans sont changés. La scène du duel, entre autres, est fantastique!

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Mathieu Bonhomme le précise dans la préface, il est un fan de l’homme qui tire plus vite que son ombre. D’ailleurs, ça se sent à plusieurs niveaux dans son scénario.  Tout d’abord lorsque Lucky Luke arrive à Froggy Town, sa légende le précède. Les gens sont étonnés ou même honorés de le rencontrer. Celui qui tua Lucky Luke est même conscient qu’il entrera dans l’Histoire. Peut-être par respect, sans doute pour lui rendre « hommage », Bonhomme nous offre une histoire à la hauteur de ce que pouvait nous offrir Morris: l’arrivée dans une nouvelle ville, une intrigue, un vol de diligence, des personnages louches, des alliés, des indiens, des rebondissements et surtout des petites touches d’humours savoureuses.  Bref, l’auteur met l’accent sur des moments iconiques: la première fois qu’il se nomme, la demande d’aide des villageois et son premier « ouaip! » et bien sûr, un clin d’œil à l’abandon de la cigarette… Très drôle! On sent que l’auteur adore autant que nous ces bijoux scénaristiques de la série.

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Qu’on soit amateur ou non, Lucky Luke est une légende de la littérature. Ce livre est un cadeau parfait car les néophytes gouteront à un bon western et les connaisseurs s’amuseront à faire les comparaisons, trouveront le scénario plus mature et se réconforteront dans les éléments connus de la série. Ma question est : Cette bande dessinée est un évènement anniversaire, qu’adviendra-t-il de la suite?

 

Dany Arsenault

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Nunavik — Michel Hellman | POW WOW

nunavik_couv2Nunavik est à mi chemin entre la BD documentaire et le récit de voyage autobiographique. Avec des dessins à la Lewis Trondheim et un style narratif à la Guy Delisle, on sait sur quel pied danser.

Michel Hellman devait terminer le tome 2 de Mile-End, mais il décide entre temps de quitter son quartier branché de Montréal pour se rendre dans le Grand Nord québécois. Voilà ce qu’il nous raconte dans Nunavik. Son ton n’est pas moralisateur, ni pédagogique, il ne prend pas en pitié les Inuits, pas plus qu’il ne les juge.  On n’y retrouve pas de voyeurisme ou de sensationnalisme. Cette position narrative offre un voyage plus franc et rend les anecdotes plus sympathiques et accessibles. On traverse donc le bouquin, qui offre d’ailleurs une belle facture,  comme on entreprend un voyage, avec curiosité, avec le désir de découvrir autre chose. Lire la suite

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Chronique du 22 mars: des BD canon!

À la chronique littéraire de l’émission Bon pied, bonne heure! Radio-Canada Première (Gaspésie-Iles-de-Madeleine) en ce mardi 22 mars:

Une petite pause BD avec Dany qui nous présente trois bandes dessinées canon qui connaissent un beau succès en librairie.

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Harmony T.1 : Mémento – Mathieu Reynès [Dupuis]

Harmony t.1Une jeune fille séquestrée n’a plus de souvenirs, mais elle réalise qu’elle possède d’étranges dons. Elle devra faire confiance à la montagne de muscles qui lui sert de gardien et de confident. La table est mise, les intrigues sont savamment placées et il faudra être patient pour dévorer la suite. D’ici là, on se délecte d’un dessin presque réaliste, avec une coloration très juste et un soupçon de retouches à l’ordinateur en soutien à la narration. Une BD intelligente pour les jeunes et assez étoffée pour les adultes.

 

Le maitre d’armes – Xavier Dorison et Joël Parnotte [Dargaud]

Le maître d'armesHans Stalhoffer était le maitre d’armes du roi. Fervent défenseur de la bonne vieille épée, il voit d’un mauvais œil l’arrivée du frêle fleuron. Pourtant, il se joindra à la mission de renouveau de son docteur en allant porter la première version traduite en français de la Bible chez un imprimeur.  Dans ce récit historique du seizième siècle où une trentaine de fanatiques catholiques poursuivent le vieux chevalier, les rôles de proie et de prédateur s’échangeront. Des scènes de combat en forêt dessinées avec un souci du détail qui créent une ambiance très oppressante.

 

Undertaker T. 1: le mangeur d’or – Xavier Dorison et Ralph Meyer [Dargaud]

UndertakerDans le farwest, la ruée vers l’or fait très peu d’élus. Un riche propriétaire de la mine, à la veille de mourir, décide de manger son trésor afin de se faire enterrer avec ses pépites d’or. Les pauvres habitants du coin ne sont pas d’accord. Le croquemort devra faire tout son possible pour exhausser sa dernière volonté malgré la grogne. Mais un trésor de cette taille réveille les plus bas instincts… Ralph Meyer ne cache pas son admiration pour le trait de crayon de Giraud, dessinateur de Blueberry : un plaisir pour les yeux du lecteur!

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ZAï ZAï ZAï ZAï: un road movie de FABCARO

Plusieurs blogueurs ont parlé de cette BD, elle recevait également de bons mots de copains libraires spécialistes en bandes dessinées, je me suis donc penché sur ce petit phénomène qu’est Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro.

Il s’agit d’un petit livre à la couverture souple qui semble assez inoffensif à première vue. L’histoire est celle d’un homme (un bédéiste) qui, par mégarde, oublie sa carte fidélité dans un magasin à grande surface. Le gérant s’en mêle (ça ne se fait pas ce genre de truc!) et  ça tourne mal. L’homme fautif s’enfuit avec un poireau. La machine médiatique s’empare de l’affaire du fugitif et nous assistons à une crise à l’échelle nationale. Sur une trame de critique sociale assez distancée, l’auteur nous fait rire par l’absurdité des dénouements auxquels est confronté le héros. Les machinations médiatiques et la manipulation de l’opinion publique sont poussées à l’extrême et donnent lieu à des chutes bidonnantes. Honnêtement, il s’agit de la BD la plus drôle que j’ai lue depuis longtemps. Je ne veux pas gonfler inutilement vos attentes, mais j’ai bien ri.ZAï ZAï ZAï ZAï_1

Étonnamment (à première vue), l’auteur choisi un style de dessin très impersonnel dans une coloration en bichromie, ce qui donne un aspect terne à l’ensemble. Souvent, il ne dessine pas les yeux ou la bouche de ses personnages. Ses soustractions volontaires leurs donnent un air neutre qui accentue les propos et la chute du texte par leur contraste. Il utilise aussi l’allitération, la répétition d’images semblables, pour créer de façon très efficace un état où il est impossible d’en sortir, où l’on fonce droit dans le mur sans s’en soucier. Ce détachement face à des situations présentées comme graves, mais qui ne le sont pas en réalité, crée un effet très comique. Lire la suite